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Introduction à une philosophie du savoir

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Màj : 6 nov. 2019   –   # pages : 4 [?]

Savoir et sagesse

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Faites cette expérience : définissez en quelques mots ce qu'est la la chimie, la biologie ou encore l'informatique. Même si vous n'avez aucune formation dans ces domaines vous y arriverez sans trop de peine. Maintenant tentez le même exercice concernant la philosophie ...

Vous constatez que le champs de la philosophie n'est pas facile à circonscrire, comme en témoigne la définitions du Larousse. Ces mots reviennent : sagesse, morale, science, religion, ...

Chacun peut avoir "sa philosophie", de ceci ou cela. C'est une façon de voir les choses, d'expliquer nos comportements et le fonctionnement du monde, souvent par une justification. Ainsi science et philosophie traitent toutes deux du savoir, mais alors que la première s'intéresserait au savoir comment, la seconde poserait la question du savoir pourquoi. Mais c'est là juste une façon de voir les choses, en l'occurrence une philosophie de la philosophie. Faut-il en toutes circonstances séparer le pourquoi du comment ?

Pour répondre à cette question il est utile de distinguer deux possibles points de vue :

  • politique (science) : comment sont déterminés les domaines (quoi ?) et les budgets (combien ?) de la R&D et de l'enseignement : par des dirigeants "éclairés" ? ; par les supposés "marchés" ? par la démocratie directe ? ; ...
  • philosophique (sagesse) : il y a-t-il un dessein de la nature ? (par un phénomène que l'on pourrait nommer "Dieu" ou encore "auto-organisation", ...).

D'autre part, alors que le philosophique est un point de vue plutôt individuel et me semble-t-il plus associé au psychique et à l'être, le politique est quant à lui collectif et me paraît plus associé au physique et à l'avoir. Il est instructif de faire le lien entre cette différence et une autre : alors que la science est considérée comme intrinsèquement liée à une évolution, il y a par contre dans notre perception de la philosophie comme une sorte d'intemporalité, de permanence. Il y aurait-il intemporalité de l'individuel, du psychique et de l'être, tandis que le collectif, le physique et l'avoir seraient d'une nature plus historique ?

Enfin – n'hésitons pas à nourrir la réflexion – on pourrait distinguer deux logiques de l'être et du faire :

  • blanche : souplesse du roseau, nomadisme, psychique;
  • noire : force du chêne, sédentarisme, physique.

À priori, par certains de leurs aspects, ces deux "logiques" semblent incompatibles. Sauf si on les conçoit de façon dynamique, dans un cycle périodique. C'est ce que la philosophie chinoise du tao avait bien formulé.

Philosophie chinoise

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Symbole du yin et du yang

Le tai-chi-chuan, art martial symbolique, consiste à travailler le ch'i dans le corps. Le ch'i serait une énergie, qui remplit tout corps (vivant ou objet). Il y a des ch'i bénéfiques et des ch'i nocifs. Et il peut y avoir des échanges de ch'i entre les corps. Le tai-chi-chuan est une pratique du tao – principe qui engendre tout ce qui existe. Le tao ne pourrait être compris qu'indirectement, par la compréhension de la dynamique du yin et du yang.

Dans le tai-chi-chuan (et dans toute activité physique) chaque mouvement comporte deux phases :

  1. déploiement (yang) : accumulation de l'énergie, tension, mouvements ronds, ouverture du ch'i central, le ch'i remplit les méridiens extérieurs du corps;
  2. repliement (yin) : restitution de l'énergie, détente, mouvements carrés, fermeture du ch'i central, le ch'i remplit les méridiens intérieurs du corps.

Dynamique. Pendant que le yang se développe le yin régresse, et inversement. L'équilibre de la dynamique est assurée par le yin dans le yang, qui retient le déploiement, et le yang dans le yin, qui retient le repliement.

Par la pratique on arriverait à capter les mouvements naturels de son ch'i dans son corps, dont les mouvements circulaires s'amenuisent. De sorte qu'au bout de ce chemin de vie les cercles disparaîtront. Le ch'i tourne alors sur lui-même, et l'homme retrouve ainsi son centre. C'est le Wuwei ou "non agir". Lao Tseu a dit : « par l'étude on augmente chaque jour, par le tao on diminue chaque jour ». On diminue quoi ? : ses désirs, son moi, ses traces que sont les cercles. Le Wuwei n'est donc pas l'inaction mais l'action sans traces. Ainsi un maître peu irradier son ch'i bénéfique à d'autres corps vivants et ainsi les soigner (à commencer par la simple fatigue).

Le tai-chi-chuan refléterait et serait une composante de la civilisation chinoise. C'est pourquoi, afin de réussir en tai-chi-chuan, il serait nécessaire d'étudier d'autres éléments de la culture chinoise : calligraphie, poésie, musique instrumentale ou chantée, etc. Il s'agit de trouver ce que ces pratiques ont en commun, et d'ainsi élargir et élever l'état de conscience au moyen de la compréhension par analogie.

Il importe enfin que le travail spirituel intérieur soit lié aux échanges de ch'i avec les autres corps vivants (humains, animaux et plantes) ou inanimés. Car il est utile de se confronter au monde, si nécessaire en endurant des épreuves.

Le maître Gu Meisheng présente la philosophie chinoise du tao (47min. +/-1990)

Économiste de formation, Gu Meisheng fut responsable de l'enseignement du français à l'université de médecine de Shanghai.

Sous certains aspects cette philosophie peut paraître désuète, surtout si on la perçoit uniquement au premier degré c-à-d sans y voir aussi une dimension symbolique. D'autre part, avec le temps qui passe, le savoir s'accumule et les ambitions s'élargissent. Au travers des notions de justice, solidarité et tolérance la dimension collective complète l'approche individuelle, toujours vers plus d'efficacité.

Dans cette évolution le doute se substitue utilement à la croyance. Sommes-nous sur la bonne voie ?

Monde moderne

https://jortay.net/philosophie-du-savoir#monde-moderne

Sans pour autant valider la réalité du ch'i, les progrès de la science aux 18° et 19° siècles ont confirmé de nombreux aspects de la philosophie chinoise : force de réaction, conservation et transformation de l'énergie, cycle de Carnot, etc.

Il résulte du progrès scientifique que le monde moderne paraît très différent de la période qui a vu la naissance du taoïsme vers 500 av. JC. Mais les principes élémentaires du fonctionnement de la société humaine sont-ils différents ? Prenons pour exemple le phénomène très moderne de déconnexion des sphères médiatique et financière par rapport au monde réel (déconnexion illustrée par la "crise financière" de 2008, puis la "crise sanitaire" de 2020). N'y retrouve-t-on pas l'allégorie de la caverne, exposée par Platon, alors qu'à l'autre côté de la planète naissait le taoïsme ? Ne suffit-il pas, pour adapter cette allégorie à notre époque, de remplacer "caverne" par "écran" ?

Médias vs réseaux sociaux : qui dit la vérité (1m05s - 2020)

Le conférencier est Didier Raoult, le premier expert mondial dans le domaine des maladies transmissibles.

Il ne s'agit certes pas de condamner la technologie (l'homme préhistorique aménagea les cavernes en d'efficaces lieux d'habitation, et vous lisez cet article sur un écran), mais d'attirer l'attention sur la nécessité de maîtriser le potentiel scientifique, individuellement et collectivement. Par "maîtrise" j'entends le fait d'avoir le contrôle, de ne pas subir.

Mes travaux sur la démocratie directe, l'allocation universelle et la Confédération traitent de l'approche collective de cette maîtrise. La présente philosophie du savoir concerne l'approche individuelle.

Pour ce faire la philosophie du savoir, telle que nous la proposons ici, repose également sur trois concepts, correspondant aux catégories traditionnelles du savoir :

  1. savoir objectuel (ex. : "je connais Paris") ⇔ sciences humaines et sociales (ou "molles" : psychologie, sociologie, économie, politique, droit, ...) ⇔ parcours de vie ;
  2. savoir-faire : (ex. : "je sais programmer") ⇔ R&D libre ;
  3. savoir propositionnel (ex. : "je sais que la somme des angles d'un triangle vaut 180°") ⇔ sciences "exactes" (ou "dures" : mathématiques, physique, chimie, biologie, ...) ⇔ savoir de base.

Dans le modèle ci-dessus, les sciences humaines et sociales sont classées au sommet de la pyramide car elles constituent ici la finalité, du moins par rapport aux sciences "exactes", considérées comme le savoir de base c-à-d dont les phénomènes étudiés détermineraient ceux étudiés par les sciences humaines et sociales. Cependant cette détermination ne serait que partielle. L'imagination, l'intuition voire même "le religieux" – représentés dans la couche intermédiaire (recherche) – ajoutent à la détermination basique une "indétermination en potentialité".

Devenir magicien. Quel programmeur, après avoir conçu et développé un algorithme – ce qui n'est rien d'autre qu'une formule informatique c-à-d une formule mathématique – et constatant que trois lignes de code peuvent "faire des miracles" (résoudre des problèmes pratiques), n'a pas fait le parallèle avec la formule magique "abracadabra" ? En effet, une fois le programme au point, il suffit d'appuyer sur un bouton (abracadabra) pour résoudre des problèmes complexes. Mais le côté véritablement "magique" ou "miraculeux", et que l'on ne découvre qu'en programmant, c'est ceci : si tu n'arrives pas à mettre ton algorithme au point c'est presque toujours parce que la voie que tu as choisie n'est pas la plus simple. Il suffit donc de chercher la simplicité, c-à-d la facilité, pour résoudre les problèmes les plus complexes ! N'est-ce pas magique ?

Typologie du savoir

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On peut distinguer quatre types d'activités du savoir, constituant deux groupes :

  • savoir connu (stock, limité) :
    • enseignement : transmission du savoir ;
    • étude : éducation permanente.
  • savoir inconnu (flux, illimité) :
    • recherche : découvrir et théoriser les lois de la nature ;
    • développement : concevoir et développer des techniques (méthodes) et technologies (outils).

Savoir connu

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Le tableau ci-dessous présente une typologie du savoir connu.

EnseignementÉtude
QuoiOffreDemande
CommentTransmissionAssimilation

Le tableau suivant illustre le fait que le savoir connu devrait être traité en 2x2 voies parallèles :

  • théorie + pratique, qui reproduisent le dialogue entre Recherche (théorie) et Développement (pratique) ;
  • parlé + écrit, car exprimer un discours par ces deux types de langages si différents ne peut qu'améliorer l'assimilation de la matière.

Dans le tableau les signes + illustrent l'utilité de compléter la théorie par la pratique (et réciproquement), et le discours parlé par le discours écrit. Le signe x illustre l'effet multiplicateur de ces combinaisons sur l'assimilation du savoir.

ThéoriePratique
Parlé+
Écrit+
++x

Savoir inconnu

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Le tableau suivant illustre notamment le fait que la recherche fondamentale n'est généralement pas expressément commanditée, et ce faisant n'est pas (ou beaucoup moins) motivée par des considérations commerciales ou politiques.

Recherche (⇐)⇒ Développement ?
FondamentaleA fortement diminué suite à la privatisation progressive des entreprises publiques (dont les universités).Pas de commande ⇒ les domaines et échéances des éventuelles (mais fréquentes) applications sont imprévisibles.
AppliquéeComme la recherche fondamentale il s'agit de recherche théorique mais – contrairement à la recherche fondamentale – systématiquement complétée par de la recherche expérimentale car celle-ci est aussi destinée à se concrétiser en applications commerciales.Sur commande (commerciale ou spéculatrice) ⇒ les domaines sont connus, et des échéances (et donc des budgets) sont fixés.

Appliquée vs expérimentale. Qu'elle soit fondamentale ou appliquée la recherche est théorique et (si possible) expérimentale, ne serait-ce que pour confirmer la théorie.

Intelligence

https://jortay.net/philosophie-du-savoir#intelligence

On pourrait enfin définir l'intelligence comme étant composée :

  • d'une composante quantitative (appelée "savoir" ou encore "information"), qui peut être mesurée en :
    • mémoire : Kb par unité de stockage ;
    • vitesse : Kb/s par unité de transfert.
  • d'une composante qualitative (que nous appelons ici "sagesse" ou encore "politique"), et qui relèverait :
    • du jugement de valeur  (morale);
    • de l'empathie (lien).

Où alors situer la conscience ... ?

Voir aussi : "Intelligence collective".


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N.B. Ce document n'est pas une meta-analyse de la philosophie du savoir mais une proposition. C'est pourquoi j'utilise ici mon logo pour la symboliser. Il s'agit d'une stylisation du chiffre 5, de sorte que l'analogie peut être faite avec les cinq doigts de la main – la plus développée chez l'humain – ainsi qu'avec l'intervalle de quinte juste, qui en harmonie musicale peut jouer le rôle du "yin dans le yang" (ou inversement).

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